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Pouvons-nous faire confiance à une personne en observant son visage?

Pouvons-nous faire confiance à une personne en observant son visage?

La confiance est un élément fondamental de la société humaine. Nous faisons confiance non seulement à ceux que nous connaissons bien, mais aussi à des étrangers que nous n’avons jamais rencontrés auparavant.

Le serveur nous apporte un repas dans un restaurant, confiant que nous paierons après l’avoir mangé. Nous faisons de longues heures au travail, confiants que notre employeur nous donnera notre salaire à la fin du mois. Et nous passons aux  feux verts, confiants que les autre automobilistes s’arrêteront à leurs feux rouges.

Parmi les membres de notre famille, de nos amis proches et de nos collègues de travail, nous avons une bonne idée des personnes à qui nous pouvons faire confiance, et dans quelle mesure. C’est parce que nous avons eu avec eux, beaucoup d’interactions dans lesquelles nous avons pu testé leur fiabilité.

Que dit la science en ce qui concerne la confiance entre deux individus?

Mais que faisons-nous lorsque nous devons décider de faire confiance à des inconnus? Des recherches du psychologue français Jean-François Bonnefon et de ses collègues suggèrent qu’en matière de jugement de fiabilité, nos intuitions sont des guides assez précis, mais loin d’être infaillibles.

Ils ont observé et mesuré en laboratoire les actions de deux participants qui devaient jouer au jeu de la confiance. Pour que la lecture soit plus simple nous allons les appeler le client et le banquier.

Dans leur étude ils donnent donc 10 euros au client et lui expliquent qu’il peut conserver l’argent, ou bien le donner au banquier (il y avait plusieurs duo de client et de banquier). Ils lui expliquent également que s’il décide de remettre l’argent au banquier, le montant sera triplé (30 euros), et que ce dernier pourra alors décider de partager l’argent avec le client qui le lui à confié, ou bien de conserver la totalité du montant.

Vous l’aurez compris, le meilleur scénario serait celui où le client verse les 10 euros au banquier, ce qui porte le montant à 30 euros, puis la somme est divisée à parts égales afin qu’ils obtiennent chacun 15 euros.

Dans d’autres scénarios, le client pourrait très bien décider de conserver la totalité des 10 euros et le banquier ne recevrait rien, ou ce dernier conserverait la totalité des 30 euros et le client ne recevrait rien. Le jeu est configuré de manière à ce que le client ait quelque chose à gagner en faisant confiance au banquier, mais tout en sachant bien sûr, que ce dernier pourrait très bien choisir de garder l’argent.

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Ce qui est intéressant dans ce jeu de confiance est que non seulement nous obtenons un jugement sur la fiabilité, mais nous obtenons également une évaluation de la précision de ce jugement. En outre, de l’argent réel est en jeu, de façon à ce que le client soit incité à juger le banquier aussi précisément que possible.

Le jeu de confiance est largement utilisé dans la recherche sur la prise de décision économique et est censé refléter avec précision les jugements de fiabilité dans la vie réelle.

Bonnefon et ses collègues ont voulu voir combien et quel type d’information était nécessaire pour former de bonnes intuitions sur la fiabilité d’une autre personne. Tout d’abord, ils ont constaté que si ils laissaient les deux participants interagir sur d’autres sujets pendant une demi-heure avant de jouer au jeu de confiance, le client était assez précis pour prédire la fiabilité du banquier.

Bien sûr, en une demi-heure, vous pouvez en apprendre beaucoup sur une personne, vous avez ses mots, son langage corporel, ses expressions faciales et d’autres comportements pouvant vous indiquer si vous pouvez lui faire confiance.

Ensuite, les chercheurs ont voulu voir ce qui se passerait si le client ne pouvait seulement qu’observer le banquier interagissant avec une autre personne. En bref, pouvaient-ils encore lire les indices de fiabilité s’ils n’interagissaient pas directement avec lui?

Les expérimentateurs ont essayé deux conditions: la moitié des clients ont observé une vidéo du banquier avec le son allumé, et l’autre moitié avec le son désactivé. Dans les deux cas, les clients ont été assez efficaces pour prédire la fiabilité du banquier. Apparemment, c’est le langage du corps, et non les mots prononcés, qui comptent.

La question suivante était: Le client peut-il prédire la fiabilité du banquier uniquement à partir de photos de son visage? Lorsque les expérimentateurs ont montré au client des photos en couleur du banquier, afin que les vêtements et la coiffure soient clairement visibles, le client était moins performant dans son jugement.

Cependant, lorsque ces images ont été recadrées pour ne montrer que les yeux, le nez et la bouche, puis converties en noir et blanc et dégradées pour donner un aspect granuleux, les performances sont revenues à des niveaux supérieurs à la normale.

Alors, voici une de ces énigmes qui ravit les psychologues: comment se fait-il que moins d’informations (une photo recadrée, dégradée, en échelle de gris) peut donner de meilleurs résultats, qu’une photo avec plus d’informations (une photo complète, détaillée et en couleur)? Bien sûr, les chercheurs ne peuvent que spéculer à ce stade, mais voici ce qu’ils pensent être en train de se passer.

Dans les photos en couleur, il y a tout simplement trop d’informations, de sorte que les personnes qui les observent sont surchargés visuellement. En outre, ils ont tendance à surestimer le problème, en pesant des informations non pertinentes, telles que les vêtements et les coiffures. Au lieu de partir avec des intuitions rapides, ils s’engagent dans un processus lent et rationnel.

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Cependant, les photos recadrées se concentrent sur les informations faciales pertinentes pour transmettre les états émotionnels, à savoir les yeux et la bouche. De plus, la granularité des images recadrées encourage les spectateurs à se fier à leur intuition, tandis que les photos très détaillées induisent une approche plus rationnelle.

Les recherches de Bonnefon s’inscrivent dans la théorie du double processus, qui suggère que nous avons deux modes de pensée: un mode rapide et intuitif et un mode lent et rationnel. Chacun a des forces et des faiblesses. En faisant des jugements instantanés dans le domaine social, l’intuition produira généralement de meilleures décisions que la raison. Dans d’autres cas, la raison tend à l’emporter sur l’ intuition.

Un point important que les auteurs soulignent est que même si l’intuition fonctionne mieux que la raison en faisant des jugements sociaux, ce n’est pas toujours très bon. Une performance plus grande que le hasard (résultat typique des jugements sociaux intuitifs) signifie qu’il y a encore de nombreuses fois où l’intuition nous égarera.

La ligne de fond pour faire des jugements sociaux est la suivante: si vous n’avez absolument aucune autre information, faites confiance à votre instinct; ce sera juste le plus souvent. Mais gardez à l’esprit que votre instinct est loin d’être infaillible, alors n’ignorez pas les indices contextuels de manque de confiance (tels que les offres qui semblent trop belles pour être vraies) simplement parce que vous avez une bonne idée de la personne qui fait l’offre.

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A bientôt.

References:

Bonnefon, J.-F., Hopfensitz, A., & De Neys, W. (2017). Can we detect cooperators by looking at their face? Current Directions in Psychological Science, 26, 276-281.

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