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Détecter le mensonge: Ce que vous devez savoir sur la détection de la tromperie

Détecter le mensonge: Ce que vous devez savoir sur la détection de la tromperie

Depuis toujours, les humains ont cherché à détecter le mensonge, que cela soit pour des raisons personnelles ou pour pouvoir juger une personne. Et pendant des milliers d’années, toutes sortes d’efforts ont été déployés pour détecter la tromperie et pour piéger les menteurs.

De regarder une personne dans les yeux pour voir si elle fuit du regard, à consulter des oracles (qui donnaient généralement des réponses ambiguës), ou autres techniques diverses et variées, à l’utilisation plus moderne du polygraphe; l’humanité a consacré beaucoup d’efforts pour arriver à découvrir comment détecter de mensonge.

Après toutes ces années de littérature scientifique, à la suite des travaux de David Givens, Desmond Morris, Mark Frank, David Matsumoto, Judé Burgoon, Aldert Vrij, Bella De Paulo, Paul Ekman et d’autres, tous des expert du langage corporel et de la détection de mensonge, nous ne pouvons parvenir qu’à une conclusion: il n’existe pas de comportement unique pour détecter le mensonge.

Il n’y a pas d’effet Pinocchio, et il n’y en a jamais eu. Il n’y a pas un seul comportement indicatif de tromperie, pas un. Même ceux qui disent: «Eh bien, nous recherchons des groupes de comportements», ont également tort. Il n’y a pas de groupes de comportements indiquant la tromperie.

Il y a quelques années en arrière, plus de 200 tests ADN de personnes condamnées à mort (aux états-unis) ont été examiné. Les condamnés à mort ont été relâché par la suite après des tests ADN définitifs qui confirmé qu’ils n’étaient pas les coupables; ce n’était pas leur salive, leur sang, leur sueur ou leur sperme trouvés sur la scène du crime.

Ce qui était surprenant, c’est que les personnes qui se sont occupées de leur condamnation étaient persuadées que le suspect mentait, alors qu’aucun d’entre eux ne pouvait réellement détecter le vrai du faux. Pas un seul policier n’a cru les suspects quand ils ont affirmé ne pas l’avoir fait. En d’autres termes, et je le répète, ils ne pouvaient pas détecter la vérité, mais ils étaient certains de pouvoir détecter le mensonge.

Je trouve cela honteux qu’une personne soit accusé à tort (encore plus quand il y a une peine de mort derrière), et qu’aucun officier dans ces 261 cas ne puisse différencier le vérité du mensonge. Pourquoi? Parce que pendant des décennies, les agents de la force publique ont appris qu’ils pouvaient détecter le mensonge par des signaux non-verbaux, alors qu’en fait, nous ne faisons pas mieux que le hasard pour ce qui est de détecter la tromperie. Et c’est de cette façon que vous vous retrouver avec des innocents dans le couloir de la mort.

Mais il ne s’agit pas seulement de l’application de la loi, après la sortie de la célèbre série TV Lie to Me, beaucoup de personnes ont tout d’un coup enseigné aux autres comment détecter la tromperie; Ils ont ignoré ou déformé ce que la science a réellement soutenu, en propageant des affirmations simplistes.

Trop souvent, la science s’appuyait sur un ou deux exemples de consommation publique générale, ce qui laissait supposer que la détection de la tromperie était non seulement facile, mais assurée. C’est fallacieux et faux.

Si la détection de la tromperie n’était qu’un jeu de société, ce ne serait pas un problème, mais prétendre détecter le mensonge et l’enseigner autant, a des conséquences réelles. Les hommes dans le couloir de la mort dont j’ai parlé plus haut, allaient être exécutés, à cause des fausses croyances des agents des forces de l’ordre pensant qu’ils pouvaient détecter le mensonge.

Des gens ont été licenciés parce que, interrogés, ils montraient des signes de nervosité ou de stress. Des relations ont été tendues ou ruinées pour de fausses hypothèses similaires. Le public et les forces de l’ordre ont fait beaucoup de bêtises en ce qui concerne la détection de mensonge, et il est temps d’arrêter.

Je ne dis pas cela à la légère. Il y a des dizaines d’experts (dont ceux que j’ai cité plus haut) qui sont tous d’accord pour dire qu’il n’est pas possible de savoir à 100% si une personne ment. Et pourtant, il y a encore beaucoup de personne qui pensent qu’il est possible de détecter le mensonge à coup sûr grâce à tel ou tel indice.

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Je me suis un peu “amusé” autour de moi à demander à des personnes qu’est-ce qui leur faisaient croire qu’une personne en particulier mentait? Elles répondaient pour la plupart qu’elles savaient que la personne mentait parce qu’elle se touchait le nez, détournait les yeux, que sa peau rougissait, se touchait les lèvres avant de répondre, se frottait les pouces, se léchait les lèvres, ou se grattait les oreilles etc… Incroyable, non? Imaginez si c’était votre vie qui est en jeu?

Si vous me suivez depuis un petit moment (sur mon blog et ma chaîne YouTube), vous savez que ces comportements, sont des comportements que les personnes honnêtes et malhonnêtes utilisent pour se calmer quand elles ressentent du stress, quand elles sont anxieuses ou lorsqu’elles sont confrontés à quelque chose qu’elles n’ont pas l’habitude de faire, comme par exemple un interrogatoire de police, ou être interrogé devant un juge (et un public).

Ce que ces personnes voyaient, ce sont des signes d’inconfort psychologique, mais malheureusement, à un moment donné dans leur vie quelqu’un leur a dit, ou ils ont vu à la télévision, ou dans un livre, que ces comportements pacificateurs étaient révélateurs de tromperie. Le public et les forces de l’ordre ont été sérieusement induits en erreur.

Je pense qu’il est temps d’être honnête. Je pense qu’il est temps pour ceux qui font de la recherche et ceux qui ont de l’expérience dans la conduite d’entrevues judiciaires et qui enseignent les communications non verbales de parler franchement de ce sujet et de dire la vérité.

Et la vérité est que nous, les humains, ne valons pas mieux que le hasard quand il s’agit de détecter le mensonge. Nous le savons depuis que le best-seller de Paul Ekman, “Je sais que vous mentez” est sorti en 1985 (pour la première version anglaise). Nous devons arrêter d’associer des comportements indiquant un inconfort psychologique avec la tromperie et les reconnaître uniquement pour ce qu’ils sont: des signes de stress, d’anxiété, d’appréhension, de désespoir, de suspicion, de tension, d’inquiétude, de nervosité, etc., mais pas de tromperie.

Les innocents et les coupables, à divers moments, afficheront tous ces comportements, devant les chercheurs, forces de l’ordre et associés, en fonction des circonstances. Pourquoi? Parce que les humains sont sensibles à leur environnement, à la présence d’autrui, aux interrogations des autorités, aux circonstances environnementales, aux nuances dans la voix, au langage corporel , à l’ethnicité, aux facteurs éducatifs, à l’intelligence sociale, et beaucoup d’autres facteurs.

Tout ce qui bouleverse une routine quotidienne, de la convocation par un responsable pour les fonds manquants d’une entreprise, à la confrontation dans la rue d’un policiers et d’un suspect, suffit à provoquer un malaise psychologique chez la plupart des gens. Et si l’interrogatoire est en quelque sorte intimidant, ou si la personne ressent de la honte en public, vous pouvez anticiper un comportement apaisant et des signes de gêne psychologique de la part des plus innocents. Rappelez-vous: les affichages anormaux lors de circonstances anormales sont normaux.

Vous pouvez prendre la personne la plus honnête et en quelques secondes, lui faire procéder à ces comportements si souvent associés à la tromperie, simplement en vous asseyant plus près d’elle, en intensifiant votre regard, en changeant le ton de votre voix (être plus agressif), poser des questions personnelles ou simplement poser des questions simples avec une suspicion ardente. Bref, en la mettant mal à l’aise.

Et voilà le problème. Nous assistons à un malaise psychologique et nous ne savons pas dire si il est provoqué intentionnellement, par accident ou à causes des circonstances.

Il est temps d’arrêter d’enseigner et de prêcher que nous pouvons détecter le mensonge à travers des signaux non-verbaux, et enseigner ce que nous pouvons réellement utiliser dans le langage corporel. Qu’est-ce que c’est? C’est ce que nous transmettons à travers notre langage corporel, ce que nous pensons, ressentons, désirons et craignons ; et c’est cela que nous communiquons efficacement en temps réel.

Que lorsque nous sommes stressés, dérangés, déçus, dérangés, anxieux, inquiets, concernés, incertains, exaspérés ou fous, nos corps révèlent cette information de manière non verbale par un grand nombre d’expressions dans tout le corps, y compris par l’utilisation de ce que Paul Ekman appelle “comportements adaptatifs”. En substance, nous pouvons tous être des “détecteurs de problèmes”, mais c’est tout. C’est tout ce que nous pouvons dire, que quelque chose va ou ne va pas, qu’il y a un problème, mais pas plus.

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Alors comment faire au mieux pour détecter le mensonge?

Vous vous demandez peut-être, maintenant quoi? Nous avançons, et nous enseignons la communication non verbale, mais qu’est ce vraiment: c’est l’étude de tout ce qui nous sert à communiquer, mais sans les mots. Ce langage corporel reflète notre physiologie, notre état mental, nos pensées et nos émotions, qui sont fluides et réflexives, soumises à des facteurs internes et externes.

Mais il faut aussi comprendre que la personne qui pose des questions, peut également avoir une influence négative sur la personne interrogée, et peut la stresser si elle ne fait pas attention. Peut-être que c’est sur cela que les “formateurs” devraient se concentrer, comment poser des questions sans induire des facteurs de stress supplémentaires qui masquent l’honnêteté.

Nous posons des questions et lorsque nous voyons un comportement particulier à la suite de cette question, nous revenons à ce sujet et nous posons plus de questions, ou nous essayons de déterminer pourquoi cette question amènerait la personne à réagir de la sorte. Il faut utiliser les questions pour identifier des pistes ou des choses troublantes pour la personne interrogée, mais pas pour l’accuser de tromperie.

Dans son livre (que je vous recommande) “Ces gestes qui parlent à votre place” Joe Navarro nous raconte cette histoire lors de l’arrestation d’un suspect:

En septembre 1979, un jeune enquêteur a demandé à la mère d’un fugitif si elle avait vu son fils récemment. Elle a répondu «non». Lorsque l’enquêteur lui a demandé s’il était possible qu’il se faufile chez elle alors qu’elle était au travail, elle a couvert son cou de sa main alors qu’elle répondait: «Je ne le pense pas. pas demandé si elle mentait ou était véridique, cela n’avait pas d’importance.

Le fait que les mots «fils» et «maison» la couvrent du cou, était une information suffisante pour indiquer un malaise psychologique. L’enquêteur posa d’autres questions et retourna à cette question, la possibilité que son fils soit à la maison et à chaque fois, elle se couvrit sans le savoir.

Encore une fois, il n’y a jamais eu d’accusation qu’elle puisse mentir, mais parce que l’enquêteur a vu le même comportement (couvrir le cou et en particulier l’encoche supra sternale ou la fossette du cou, chose que nous avons tendance à faire lorsque nous sommes très inquiets ou vulnérables), il a demandé s’il pouvait faire une recherche rapide des lieux. Avec son consentement signé, l’enquêteur a trouvé son fils, le fugitif, caché dans le placard.

C’est ainsi qu’il faut utiliser les informations, pour nous alerter sur ce qui dérange les autres afin que nous puissions explorer pourquoi.

Il est temps de prendre conscience que oui, il y a des comportements qui attirent notre attention et qui doivent attirer notre attention, mais ceux-ci devraient servir de guide à ce qui peut être caché ou suspecté, mais rien de plus. La détresse psychologique ou l’inconfort dans toutes ses manifestations n’a jamais été et n’est pas révélateur de tromperie.

Références:

Burgoon, Judee K., David B. Buller and W. Gill Woodall.1994. Nonverbal Communication: The Unspoken Dialogue. Columbus, Ohio: Greyden Press.

Ekman, Paul & M. O’Sullivan. 1991. Who can catch a liar? American Psychologist, 46 (9), 913-920.

Frank, M. G. & Ekman, P.1997. The ability to detect deceit generalizes across different types of high-stakes lies. Journal of Personality and Social Psychology, 72,1429-1439.

 

 

 

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